Dossier

4 avril 2006

 

approfondir

 
  La surpopulation des cervidés franciliens, une ombre au tableau de chasse.   Autres sources:  
 










  La gestion de la faune sauvage est plus épineuse en Île-de-France qu'ailleurs. Non que les dégâts de gibier y soient plus graves qu’ailleurs mais parce que le contexte local, plus complexe, exacerbe ces questions.

Il y a 50 ans, c’étaient les lapins qui empêchaient Bertrand de Surville de convertir ses taillis en peuplement de qualité. Aujourd’hui ce sont les cerfs qui, après les chevreuils désormais contenus, menacent ses futaies. « Le cerf est plus sporadique que le chevreuil qui est très territorialisé et donc de ce fait prévisible. Mais les dégâts du cerf sont plus préjudiciables puisqu’ils affectent les arbres jusqu’à l’âge de 25 ans», explique ce propriétaire forestier essonnien, gérant d’un domaine familial de 300 hectares. Une seule solution : clôturer… Mais c’est souvent déplacer le problème. À terme, mieux vaudrait réduire de la pression des cervidés.
Le forestier entretient de bonnes relations avec les chasseurs. «Il est plus facile de réaliser les plans de chasse depuis qu’il n’est plus nécessaire de distinguer les biches et les jeune,», explique-t-il, tout en regrettant que tous les propriétaires ne jouent pas le jeu. «Certains refusent de chasser comme d’exploiter les bois. Leurs forêts deviennent des zones refuges qui empêchent une gestion cohérente», observe-t-il. Car, contrairement au territoire du chevreuil qui se limite à quelques centaines d’hectares, celui du cerf se compte en milliers : «Une approche collective est donc indispensable», juge Bertrand de Surville.
Pour la plupart des franciliens, de tels propos, semblent surréalistes. Ou pour le moins, dépassés. Détrompons-nous car en matière d’équilibre faune-forêt, le tableau régional est pour le moins contrasté. Rien de commun, en effet, entre la zone centrale avec ses forêts « résiduelles » enclavées dans l’espace urbain et la majestueuse couronne forestière de l’Île-de-France rurale. Pour compliquer le tout, il n’existe pas de véritable état des lieux, tant pour la répartition des populations de grand gibier que pour les dégâts. Un manque d’information préjudiciable mais qui s’explique, par le retard des sciences de la nature dans ce domaine : la faune sauvage n’a pas encore trouvé ses démographes…


Biche et faon à Fontainebleau.
© Stéphane Marchant

Des observateurs
déboussolés

«L’expérience montre que toutes les techniques des comptages en forêt sont inefficaces », avoue-t-on à l’Observatoire National des Dégâts de Cervidés. Autant dire que les gestionnaires de la faune sont dans le plus grand flou, au niveau national comme au niveau régional. La fourchette des incertitudes scientifiques est extrêmement large. Les estimations varient du simple au double, sans qu’on sache comment faire mieux !
Longtemps minimisée, cette imprécision a largement alimenté les incompréhensions et les polémiques techniques. Elle est aujourd’hui assumée. «On ne fait plus de comptage en Forêt de Rambouillet», explique-t-on à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Exemple : «On se base dorénavant sur des indicateurs biologiques pour évaluer la tendance. Plutôt que de chercher à savoir combien il y a d’animaux, on se contente de savoir si la population augmente ou si elle diminue, ce qui suffit pour savoir dans quel sens tourner le robinet des attributions des plans de chasse. Les résultats se mesurent sur un temps plus long, deux à trois ans minimum. »
Faute de mieux pour l’instant, les tableaux de chasse, c'est-à-dire le nombre de bêtes abattues chaque année, donne une certaine idée des ordres de grandeur du phénomène. Même si leur interprétation doit rester prudente, ils sont en constante augmentation depuis plus d’une dizaine d’année. Ainsi dans la moitié Ouest de la région où intervient la FICEVY (Fédération Interdépartementale des Chasseurs de l’Essonne, du Val d’Oise et des Yvelines), le nombre de cervidés tirés a doublé. En 2004, 5783 chevreuils et 967 cerfs ont été abattus. Le taux de croissance des sangliers est encore plus spectaculaire : 600 % ! Le calme après la tempête de 1999 leur a été très profitable…

Trop de gibier en Ile-de-France ?
Aujourd’hui les débats sur la réalisation du plan de chasse semblent clos. Ils sont réalisés à 80% pour le chevreuil et à 70% pour les cerfs. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Ainsi entre 1997 et 2000, 60 % seulement des cerfs attribués ont été tués.


Cerf au bois cassé.
© Stéphane Marchant

C’est pourquoi nombre de forestiers déplorent aujourd’hui les effets de cette mauvaise maîtrise des populations de cerfs sur la régénération de la forêt. Les plantations sont les premières menacées. Dans beaucoup de zones, d’après le CRPF, des mesures de protection onéreuses comme la clôture sont nécessaires dans 90% des cas.
D’aucuns accusent les chasseurs d’avoir voulu développer leur «cheptel», avec l’assentiment de propriétaires forestiers favorables à cette multiplication des trophées. Aujourd’hui un compromis semble avoir été trouvé entre forestiers et chasseurs pour considérer qu’il faut augmenter la pression de chasse, non seulement pour préserver la forêt mais aussi l’état sanitaire des cervidés. Une position qui risque de heurter le troisième acteur de la forêt : le public. Depuis 10 ans, il a pris l’habitude de profiter du spectacle des grands gibiers lors de ses promenades. «Il faut pourtant savoir que c’est anormal de voir des cerfs et des biches en journée. Cela veut dire clairement qu’il y a plus d’animaux que ce que la forêt peut durablement en supporter », explique Xavier Jenner, du Centre National Professionnel de la Propriété Forestière d’Île-de-France. D’où la nécessité d’expliquer la régulation de la faune.

Enfin des orientations pour la gestion de la faune
L’occasion pourrait bientôt en être donnée lors de la publication dans les prochains mois des Orientations Régionales de Gestion et de Conservation de la Faune Sauvage et de ses Habitats (ORGFH). Preuve de la difficulté du sujet, l’Île-de-France fait partie des rares régions à ne pas les avoir encore publiées. « Nous achevons la première phase de concertations. Le comité technique constitué de 12 opérateurs (DDAF, CRPF, ONF, Chasseur, ONCFS…) vient de rendre ses conclusions », explique Adeline Scrève, chargé de mission ORGFH de l’ONCFS et basée pour l’occasion à la DIREN.
Ce projet devra être approuvé par le comité de pilotage qui comprend 82 membres dont les représentants de la société (élus, milieu associatif) avant d’être publié.
Parmi 14 grandes orientations, les ORGFH d’Île-de-France distinguent clairement deux problématiques de gestion du grand gibier. Ainsi dans les zones périurbaines où les forêts sont enclavées la question posée est de trouver des alternatives à la chasse pour gérer la faune sauvage. Pour des raisons de sécurité, mais aussi d’acceptation sociale, elle ne paraît plus être le moyen approprié. Mais, de toute évidence, il faudra faire appel à des professionnels comme les lieutenants de louveterie pour assurer la sécurité publique et limiter les collisions entre les voitures et les sangliers qui se sont multipliées ces dernières années. Sans parler des dégâts que les sangliers font subir aux pelouses…
En périphérie, la problématique est différente puisque les chasseurs ne manquent pas. «La question est ici de mieux maintenir les populations, non seulement en diminuant leur nombre mais aussi en essayant de favoriser leur circulation afin d’éviter les concentrations ponctuelles qui génèrent les dégâts», explique Adeline Scrève. «Les forestiers devront aussi ménager un peu de place aux gibiers avec des clairières pour que les animaux y trouvent de quoi manger.» Bref, la solution passe par une meilleure répartition de la grande faune. Les ORGFH qui n’ont pas de force de loi prévoient aussi d’améliorer l’état de la connaissance du patrimoine naturel régional. Ce ne sera pas un mal !.

François Delaunay

La chasse en Ile-de-France : une activité menacée et de plus en plus encadrée
La région d'Ile-de-France présente des caractéristiques qui rendent l'exercice de la chasse tout à fait spécifique. Attachée au maintien de cette activité, de plus en plus menacée en Ile-de-France, l'Agence des Espaces Verts s'efforce, dans le cadre des contrats de location de chasse, de privilégier son rôle de contrôle et de régulation des populations animales.
Outre les conditions restrictives qu’elle impose aux candidats, comme l’exécution minimale des plans de chasse, elle insiste particulièrement sur les conditions spécifiques liées à l’exercice de cette activité, à savoir :
- une forte densité de population qui induit une importante fréquentation des forêts par les promeneurs,
- des massifs cernés par une urbanisation proche et traversés de nombreuses infrastructures,
- des populations essentiellement urbaines qui méconnaissent les dynamiques naturelles et la nécessité de régulation des populations de grands animaux,
- une perception le plus souvent négative de la chasse et des chasseurs, moins bien acceptés qu'en milieu rural,
- des associations de protection de la nature à la fois plus nombreuses et plus vigilantes, attentives à la protection de l’avifaune, à la tranquillité des animaux sauvages et aux souffrances infligées aux animaux,
- une majorité d'habitants peu concernée par les dégâts aux cultures et aux élevages,
- des promeneurs de plus en plus sensibles aux « zones de calme ».




  ONCFS
Consulter

 
Envoyer cette page à un ami Imprimer cette page
Retour à la page daccueil   Article précédent Liste des dossiers Article suivant
Droits réservés : © bois-foret.info - CNDB - Belvédère - Pifdesign - Algodia - L'utilisateur reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage.